L'élixir du suédois de l'herboristerie Louis
Publié le : 20/04/2021 - Catégories : Conseils de votre herboriste
Élixir du Suédois : utilisé en herboristerie comme tonique, apaisant, digestif et dépuratif, ce remède traditionnel a fait son grand retour en France depuis un peu moins d'un quart de siècle. Longtemps tombé dans l'oubli après la fin du XIXe siècle, il reste pourtant méconnu du grand public alors qu'il continue d'accompagner efficacement le confort digestif et la vitalité au quotidien.
Cet article a une vocation informative et ne se substitue pas à un avis médical, conformément à l'article L.4161-1 du Code de la santé publique relatif à l'exercice illégal de la médecine. En cas de trouble digestif persistant, de pathologie cardiovasculaire, ou avant toute cure prolongée, demandez conseil à un professionnel de santé.
Réponse rapide
- Ce que c'est : un macérat traditionnel de onze ingrédients (aloès, myrrhe, safran, rhubarbe, angélique...) dans l'alcool, selon la recette popularisée par Maria Treben.
- Ses usages traditionnels : soutien digestif, effet dépuratif et tonique, application locale apaisante sur la peau et les articulations.
- La règle essentielle : déconseillé aux personnes cardiaques, hypotendues, enceintes ou allaitantes, et aux enfants, sans avis médical.
Sommaire
- 1. Qu'est-ce que l'élixir du Suédois ?
- 2. Sa composition : onze ingrédients traditionnels
- 3. Son histoire, entre légende et sources vérifiées
- 4. Bienfaits et usages traditionnels
- 5. Comment l'utiliser ? Voie interne et voie externe
- 6. Comment faire son propre élixir du Suédois ?
- 7. Ce que dit la science
- 8. Précautions et contre-indications
- 9. L'astuce de l'herboriste
- 10. FAQ
1. Qu'est-ce que l'élixir du Suédois ?
L'élixir du Suédois est un breuvage réalisé à partir d'alcool et de plantes médicinales macérées. C'est une solution buvable à la robe brun foncé, presque ambrée, qui s'utilise aussi bien par voie interne (ingestion) que par voie externe (application sur le corps).
La macération des racines et des plantes favorise le transfert de leurs composés actifs dans l'alcool, qui joue à la fois le rôle de solvant et de conservateur : c'est ce qui permet à la préparation de se garder plusieurs années. Du fait des nombreuses plantes amères utilisées, l'élixir présente un goût très prononcé et amer, généralement atténué en le diluant dans de l'eau ou une tisane.
2. Sa composition : onze ingrédients traditionnels
La recette actuellement commercialisée, popularisée par l'herboriste autrichienne Maria Treben, associe onze ingrédients macérés dans de l'alcool à 35-40° pendant au moins quinze jours (un mois est recommandé pour une macération optimale). On y trouve des plantes au sens strict, mais aussi des substances comme le camphre (une résine) ou la manne (un exsudat) :
| Ingrédient | Nom latin / origine | Rôle traditionnel |
|---|---|---|
| Aloès | Aloe spp. | Digestif, laxatif |
| Myrrhe | Commiphora myrrha | Antiseptique, cicatrisant |
| Safran | Crocus sativus | Tonique |
| Feuilles de séné | Senna alexandrina | Laxatif stimulant |
| Racine de rhubarbe | Rheum spp. | Digestif, dépuratif |
| Racine de zédoaire | Curcuma zedoaria | Digestif, carminatif |
| Manne | Exsudat de frêne | Laxatif doux |
| Racine de carline | Carlina acaulis | Dépuratif |
| Racine d'angélique | Angelica archangelica | Digestif, carminatif |
| Camphre naturel | Résine, origine Chine | Usage externe, révulsif |
| Thériaque vénitienne | Électuaire composé classique | Tonique général |
On retrouve bien évidemment de l'alcool dans l'élixir, généralement de l'alcool de grain (whisky, vodka) plutôt que de l'alcool de fruit, à un degré compris entre 20 et 40°.
3. Son histoire, entre légende et sources vérifiées
Selon la tradition orale de l'herboristerie, l'origine de l'élixir remonterait à l'Antiquité romaine : Mithridate, roi du Pont, aurait élaboré un contrepoison que le général Pompée aurait rapporté à Rome, où Andromaque, médecin de Néron, s'en serait inspiré pour créer la thériaque vénitienne. Cette thériaque, électuaire composé de plusieurs dizaines d'ingrédients, aurait ensuite inspiré Paracelse à la fin du Moyen Âge, avant qu'un médecin suédois ne fixe la recette que l'on connaît aujourd'hui.
D'après la littérature scientifique répertoriée sur PubMed, des travaux universitaires plus récents permettent de retracer plus précisément cette histoire : la préparation connue sous le nom de « Swedish Bitters » (l'appellation anglophone de l'élixir du Suédois) était déjà largement utilisée en Europe à partir des années 1730, dans une version originale composée de sept ingrédients simples (aloès, rhubarbe, safran, myrrhe, gentiane, zédoaire, agaric) mélangés à de la thériaque (Ahnfelt & Fors, 2016, DOI). Un manuscrit suédois du XVIIIe siècle (1770-1820), récemment étudié, décrit une recette d'élixir de longue vie à la composition quasi identique, ce qui confirme une origine suédoise autour de cette période (Schultz et al., 2025, DOI). C'est finalement l'herboriste autrichienne Maria Treben qui, au XXe siècle, redécouvrit et popularisa la version enrichie à onze ingrédients utilisée aujourd'hui, notamment dans son ouvrage La Santé à la pharmacie du Bon Dieu, publié en 1976.
4. Bienfaits et usages traditionnels
La gamme élixir du Suédois est traditionnellement utilisé pour accompagner le confort digestif : il est associé de longue date aux ballonnements, aux lourdeurs après les repas et à la paresse intestinale, du fait des propriétés digestives et laxatives de plusieurs de ses ingrédients.
Il est également traditionnellement employé pour son effet tonique, en période de fatigue passagère ou de surmenage, et pour soutenir les fonctions d'élimination de l'organisme dans le cadre d'une cure dépurative saisonnière.
En application locale, il est traditionnellement utilisé pour apaiser la peau et les articulations à l'endroit d'une gêne ponctuelle (tension musculaire, contusion, petite irritation cutanée), en cohérence avec les propriétés antiseptiques et apaisantes de la myrrhe.
Ces usages relèvent de la tradition herboriste et de l'expérience transmise depuis plusieurs générations ; ils ne constituent pas des allégations thérapeutiques au sens du règlement (CE) n° 1924/2006 relatif aux compléments alimentaires.
5. Comment l'utiliser ? Voie interne et voie externe
Par voie interne
Sauf avis contraire d'un médecin, la préparation obtenue à partir du kit se prend généralement à raison de 10 à 15 gouttes par jour, en dehors des repas, diluées dans un peu d'eau, un jus de fruit ou une tisane pour en atténuer l'amertume. Une cure dure généralement une dizaine de jours, renouvelable le mois suivant.
Par voie externe
En cataplasme ou en compresse imbibée, l'élixir s'applique sur la zone concernée et se laisse poser de 10 minutes à quelques heures selon le besoin, en évitant tout contact avec les muqueuses, les yeux ou une plaie ouverte. Dilué, il peut aussi s'utiliser en gargarisme pour les petites gênes buccales.
6. Comment faire son propre élixir du Suédois ?
Il est tout à fait possible de préparer son propre élixir du Suédois, à condition de s'armer de patience : il faut réunir l'ensemble des ingrédients de la recette, puis les faire macérer dans une solution alcoolique pendant environ un mois, à température ambiante ou près d'une source de chaleur douce.
Pour aller plus vite, Louis Herboristerie propose un kit de fabrication qui permet de réaliser 1,5 litre de préparation. Ce kit se compose de sachets contenant les différents ingrédients nécessaires ; il suffit de les mélanger à de l'alcool de grain (whisky, vodka) et de laisser macérer un mois.
Pour les personnes souffrant de troubles cardiaques ou de tension trop basse, il suffit de ne pas incorporer le sachet de camphre à la préparation (voir précautions ci-dessous).
7. Ce que dit la science
Selon les études disponibles sur PubMed, aucun essai clinique moderne n'a été mené sur la préparation complète de l'élixir du Suédois en tant que telle : les travaux disponibles portent soit sur son histoire (voir plus haut), soit sur les propriétés pharmacologiques de certains de ses composants pris isolément. Ces études n'apportent donc pas de preuve clinique directe de l'efficacité de la préparation traditionnelle, mais éclairent les propriétés biologiques connues de ses composants.
Selon les études disponibles sur PubMed, une revue de littérature sur la myrrhe (Commiphora myrrha) recense des activités anti-inflammatoires, antioxydantes et antimicrobiennes documentées en laboratoire, en cohérence avec son usage traditionnel comme antiseptique (Batiha et al., 2022, DOI). Des travaux plus récents sur les racines d'angélique (Angelica archangelica) se sont quant à eux concentrés sur leur capacité à moduler la sécrétion d'insuline in vitro plutôt que sur leur usage digestif traditionnel (Patyra et al., 2024, DOI) - un axe de recherche différent de l'usage historique, mentionné ici par souci d'exactitude plutôt que comme validation de la tradition digestive.
8. Précautions et contre-indications
- Cardiaques et hypotendus : le camphre présent dans la recette est déconseillé en cas de trouble cardiaque ou de tension artérielle basse - il est possible de préparer l'élixir sans ce sachet dans ce cas.
- Grossesse et allaitement : à éviter, notamment en raison du safran (propriété emménagogue à dose élevée), des plantes laxatives stimulantes (séné, rhubarbe) et de la teneur en alcool ; demandez un avis médical avant toute prise.
- Enfants : non recommandé sans avis médical, en particulier en raison du camphre et de la teneur en alcool.
- Troubles digestifs : à éviter en cas d'occlusion intestinale, de maladie inflammatoire de l'intestin, ou de douleurs abdominales inexpliquées, en raison de l'effet laxatif stimulant du séné ; ne pas utiliser au long cours sans avis professionnel.
- Épilepsie : la présence de camphre justifie la prudence en cas d'antécédents épileptiques.
- Sevrage alcoolique : la préparation contenant de l'alcool, son usage est déconseillé aux personnes en sevrage.
- Allergies : à éviter en cas d'allergie connue à l'un des ingrédients de la recette.
- Usage externe : ne jamais appliquer sur une muqueuse, une plaie ouverte ou à proximité des yeux.
- Si des effets indésirables apparaissent (diarrhée, accélération du rythme cardiaque), arrêtez la prise et consultez un médecin.
9. L'astuce de l'herboriste : la cure de printemps
L'élixir du Suédois est traditionnellement associé aux cures dépuratives de saison, au printemps comme à l'automne.
- La durée : une cure d'une dizaine de jours, à raison d'une prise quotidienne diluée.
- L'association : elle se combine bien avec une hydratation suffisante et une alimentation riche en légumes de saison, pour soutenir les fonctions d'élimination naturelles de l'organisme.
- La pause : respecter une pause avant de renouveler la cure le mois suivant.
Le conseil en plus : conservez votre préparation à l'abri de la lumière - comme toute macération alcoolique de plantes, elle se garde plusieurs années.
10. FAQ - L'expertise herboriste sur l'élixir du Suédois
L'élixir du Suédois est-il dangereux ?
Utilisé aux doses traditionnelles et dans le respect des contre-indications (grossesse, pathologie cardiaque, jeune enfant, épilepsie), il n'est pas considéré comme dangereux. Comme tout produit contenant des plantes laxatives stimulantes et de l'alcool, un usage prolongé ou à dose excessive n'est pas recommandé sans avis professionnel.
Peut-on fabriquer soi-même son élixir du Suédois ?
Oui, c'est la méthode traditionnelle : les ingrédients sont macérés dans de l'alcool à 35-40° pendant au moins quinze jours, un mois étant recommandé pour une macération optimale.
Quand prendre l'élixir du Suédois ?
Il se prend généralement dilué dans un peu d'eau, en dehors des repas, en cure d'une dizaine de jours renouvelable le mois suivant.
L'élixir du Suédois peut-il remplacer un traitement médical ?
Non. Il s'agit d'un complément d'hygiène de vie traditionnel, qui ne se substitue en aucun cas à un avis ou un traitement médical.
Combien d'ingrédients entrent dans la composition de l'élixir du Suédois ?
La recette la plus répandue aujourd'hui, popularisée par Maria Treben, compte onze ingrédients. La formule originale du XVIIIe siècle, plus ancienne, n'en comptait que sept.
Quelle est la différence entre l'élixir du Suédois et les « Swedish Bitters » ?
Il s'agit historiquement de la même famille de préparation : les « Swedish Bitters » sont l'appellation anglophone de la version originale à sept ingrédients, popularisée en Europe dès les années 1730. Maria Treben a enrichi la recette à onze ingrédients au XXe siècle - c'est cette version qui est aujourd'hui la plus répandue en herboristerie.
L'élixir du Suédois contient-il de l'alcool ?
Oui, c'est une macération hydroalcoolique : la préparation obtenue à partir du kit titre généralement entre 20 et 40° d'alcool. Cette teneur justifie les précautions vis-à-vis des enfants, des femmes enceintes ou allaitantes et des personnes en sevrage alcoolique.
Combien de temps se conserve l'élixir du Suédois une fois préparé ?
Comme toute macération alcoolique de plantes, il se conserve plusieurs années à l'abri de la lumière et de la chaleur, dans un flacon bien fermé.
Le camphre est-il indispensable dans la préparation ?
Non : les personnes souffrant de troubles cardiaques ou de tension artérielle basse peuvent préparer leur élixir du Suédois sans le sachet de camphre, les dix autres ingrédients restant inchangés.
Peut-on prendre l'élixir du Suédois tous les jours, en continu ?
La pratique traditionnelle la plus courante est une cure ponctuelle d'une dizaine de jours, renouvelable le mois suivant. Un usage quotidien prolongé n'est pas recommandé sans l'avis d'un professionnel de santé, notamment en raison de l'effet laxatif stimulant du séné.
Pourquoi l'élixir du Suédois a-t-il un goût aussi amer ?
Ce goût prononcé provient des nombreuses plantes amères entrant dans sa composition, comme l'aloès ou la rhubarbe. Il est généralement atténué en diluant l'élixir dans de l'eau, un jus de fruit ou une tisane avant de le boire.
Cet article a été rédigé par l'équipe d'experts des Herboristeries Louis pour vous apporter des conseils naturels basés sur la tradition herboriste.
À propos de l'auteur : Louis Gobron
Passionné par le pouvoir thérapeutique des plantes, Louis Gobron est le fondateur de Louis Herboristerie. Herboriste diplômé en 2011 de l'IFAPME, il s'attache à faire revivre l'herboristerie traditionnelle en y apportant une rigueur scientifique moderne. Installé comme herboriste ardennais, lui et toute son équipe vous accueillent et vous conseillent au sein de 4 herboristeries situées à Charleville-Mézières, Saint-Ouen-sur-Seine (Paris), Tours et Le Touvet (près de Grenoble), en plus d'une boutique en ligne certifiée. Accompagné par son équipe de naturopathes, il rédige et valide chaque conseil et remède pour vous guider en toute sécurité vers une santé naturelle.
